Formation des enseignants : la catastrophe va se transformer en cataclysme
Un arrêté inacceptable au service d’une réforme catastrophique
Le projet d’arrêté portant cahier des charges de la formation des maîtres, soumis le 16 mars aux organisations syndicales par la Dgesco et la DGRH, ne fait qu’entériner les très mauvaises décisions qui se suivent, en se ressemblant toutes, pour transformer la formation des enseignants en un vague compagnonnage peu coûteux. L’arrêté de 2006 qu’il faut aujourd’hui modifier, avait marqué une première régression en augmentant le temps de stage en responsabilité des lauréats des concours au détriment du temps consacré à leur formation professionnelle. Celui de 2010 transformera la régression en massacre : en l’état actuel du projet, il n’est même pas précisé que les stagiaires auront bien droit à un tiers de temps de service réservé à la formation. Le texte entretient d’ailleurs soigneusement la confusion entre « actions de formation », « tutorat », « accompagnement », et indique au passage que les « rencontres régulières avec le tuteur » devraient avoir lieu « en priorité hors temps de service ».
Le Sgen-CFDT a rappelé son opposition totale à la réforme en cours et à ses conséquences inacceptables sur l’entrée dans le métier. Recrutés par des concours qui ne prennent pratiquement pas en compte la dimension pédagogique du métier, les professeurs stagiaires pourront se retrouver du jour au lendemain en responsabilité d’une ou plusieurs classes sans avoir jamais vu un élève depuis leur propre scolarité, avec une charge de travail considérable, qui pourrait bien se révéler insupportable pour nombre d’entre eux.
En ouverture des discussions, les responsables de la Dgesco et de la DGRH ont affirmé tranquillement que cette nouvelle conception de la formation n’entraîne aucune coupure entre les dimensions disciplinaire et professionnelle de la formation, mais plutôt une « succession d’étapes », et qu’au lieu de n’exprimer que nos craintes, nous devrions nous réjouir des « opportunités » d’amélioration que constitue la réforme. Un tel déni de la réalité ferait presque sourire, si l’avenir de la formation des enseignants et celui du combat pour l’égalité des chances des élèves n’étaient pas à ce point menacés.
Le Sgen-CFDT ne se satisfera pas d’améliorations à la marge de ce projet d’arrêté : notre école mérite mieux que des économies budgétaires.
Projet d’arrêté et cahier des charges (word - ko) à télécharger sur le site du Café pédagogique.
Position de la Conférence des Présidents d’Univertsité (CPU) à propos du projet d’arrêté sur le cahier des charges de la formation des maîtres (pdf - 54ko) à télécharger sur le site de la CPU.
Le gouvernement institutionnalise le bizutage des futurs enseignants et CPE stagiaires
Le Sgen-CFDT n’a cessé de le dire : la réforme de la formation des enseignants qui va se mettre en place à la prochaine rentrée est une catastrophe pour les futurs enseignants et les élèves. Elle est le résultat des décrets publiés au mois de juillet 2009 dont la responsabilité revient au gouvernement et à ceux qui ne s’y sont pas opposés au moment où il était encore possible de le faire.Aujourd’hui, la catastrophe va se transformer en cataclysme après l’envoi aux recteurs et aux inspecteurs d’académie d’une note de cadrage(1) relative au dispositif d’accueil, d’accompagnement et de formation des fonctionnaires stagiaires enseignants, très éloignée des assurances que le cabinet nous avait données lors d’une audience sur ce sujet.
Lors de l’annonce du recrutement au niveau du master des futurs enseignants et CPE en mai 2008, le Sgen-CFDT avait publié un communiqué précisant qu’il n’était pas opposé au principe de la masterisation mais « ne pourrait accepter qu’une telle évolution entraîne une dégradation des conditions de formation des futurs professeurs et une remise en cause de la place et du rôle des IUFM ». Le Sgen-CFDT ajoutait : « La formation ne saurait se réduire à un compagnonnage par des enseignants expérimentés. »
Pourtant, presque deux années après, c’est bien ce qui va se mettre en place à la prochaine rentrée. Cela révèle l’absence de dialogue social sur ce dossier. A une période où il était encore possible de choisir un autre chemin, certains ont sacrifié les IUFM et toute formation professionnelle sur l’autel du « tout disciplinaire » et des économies budgétaires.
En envoyant les professeurs stagiaires devant les élèves sans aucune préparation, le gouvernement institutionnalise le bizutage des futurs enseignants. Il porte une grave responsabilité sur les conséquences de ses choix, contradictoires avec la volonté affichée par Luc Chatel de mettre en place une véritable gestion des ressources humaines au ministère de l’Éducation nationale et dont l’un des volets doit être la formation initiale et continue des personnels. Au delà de la dégradation importante des conditions de formation des futurs stagiaires, c’est la réussite de tous les élèves qui va en pâtir.
Le Sgen-CFDT soutiendra les universités qui proposeront dans le cadre des masters des formations conciliant préparation au concours et contenus professionnel et pédagogique. C’est désormais la seule chance de limiter les conséquences de l’irresponsabilité des choix gouvernementaux.
Enfin le Sgen-CFDT exige que les comités techniques paritaires départementaux et académiques soient consultés sur l’organisation de l’année de formation des fonctionnaires stagiaires, et que les commissions administratives paritaires locales émettent un avis sur les affectations.
(1) Le texte de la circulaire (pdf - ko) à télécharger sur le site du Café pédagogique.
Lire aussi :
Accueil des enseignants stagiaires : encore plus aberrant sur le blog de Philippe Watrelot, des Cahiers Pédagogiques.
Formation des enseignants : arrêtons le massacre
A l’occasion des premières réunions des CTP Académiques pour préparer la rentrée 2010 et alors que le ministre annonce des discussions sur « l’organisation des stages en M1 et M2 » et « le contenu et l’organisation du tiers de temps de formation pour les fonctionnaires stagiaires », émerge une hypothèse très inquiétante quant aux conditions de travail des collègues débutants : ceux-ci devraient exercer à temps plein dès la rentrée. Il est prévu qu’ils bénéficient lors de leur première année d’exercice, d’une décharge de service d’un tiers de temps pour permettre un minimum d’accompagnement et de formation professionnelle.Le Sgen-CFDT estimait déjà que cette quotité d’un tiers était notoirement insuffisante. L’idée avancée serait de grouper ce temps de formation au milieu de l’année scolaire à un moment vraisemblablement déterminé par l’entrée en stage d’enseignement des étudiants en master deuxième année. Ce qui est inacceptable car cela aggrave très sérieusement l’insuffisance de formation professionnelle qui est la caractéristique majeure de cette réforme.
Enseigner ne s’improvise pas et devoir assumer un service complet dès l’entrée en fonction est la pire des manières de débuter, parce qu’elle impose aux jeunes collègues une charge de travail très lourde qui ne leur laissera aucun temps pour réfléchir et se former sur l’approche pédagogique, pour apprendre à maîtriser leur pratique. Dans ce dossier il faut que le ministère cesse de choisir systématiquement la pire des solutions : le tiers temps de formation doit être attribué de manière hebdomadaire pour permettre un accompagnement efficace des collègues débutants.
C’est indispensable pour eux mais aussi pour les élèves ! Le Sgen-CFDT demande solennellement au ministre de l’Éducation nationale de donner d’urgence aux rectorats des instructions précises en ce sens.
Dans le même esprit, le Sgen-CFDT demande au ministre de ne pas céder à la tentation de décrocher les niveaux de qualifications requis pour accéder aux métiers de l’enseignement premier et second degré au seul motif de simples ajustements techniques consécutifs aux insuffisances des textes avalisés au CTPM du mois de mai 2009.

